Une brève histoire des montres dans l’espace

Oui Omega, nous sommes au courant. La Speedmaster est la première montre à avoir été sur la lune.

L’entreprise tire depuis des années profit de cette collaboration avec la NASA pour nous proposer des modèles de commémoration et toute une gamme nommée “Moonwatch”, autant d’itérations du très iconique chronographe. Un grand nombre de ces Speedmaster sont sorties au fil des années, parfois présentant de réelles améliorations, souvent non… Il y a cependant de quoi être fier: Revenons en arrière sur ce partenariat.

La nouvelle Omega Speedmaster Moonwatch, reproduction de celle portée par l’astronaute Ed White dans les années 60 . Deux ans de R&D ont été nécessaires afin de recréer le calibre 321 de la montre originale.

1964: James H. Ragan, ingénieur à la NASA, envoie une lettre à 10 marques de montres afin de trouver un modèle résistant aux conditions extrêmes du voyage spatial. Il est demandé d’envoyer un chronographe, qui sera par la suite étudié et mis en situation. La requête semble abstraite et seules quatres entreprises prennent le risque de répondre à l’appel d’offre: Longines et leur 235T, Rolex avec son modèle Cosmographe, Omega et sa Speedmaster Professionnelle, et Hamilton avec une montre de poche (d’emblée disqualifié pour non respect des consignes).

La montre qui équipera les astronautes de la NASA devra répondre aux critères suivants:

Précision – Ne doit pas gagner/perdre plus de 5 secondes en 24h. La précision recherchée est de +/- 2 secondes en 24h.
Pression – Le chronomètre doit résister à de fortes variations de pression, allant d’une pression positive de 15m d’eau à une pression négative de 10mm de Mercure.
Lisibilité – Toute inscription doit être lisible dans de multiples conditions de luminosité. Des inscriptions blanches sur cadran noir ou noires sur cadran blanc sont requises. Le chronographe ne doit pas éblouir son utilisateur lors de luminosité intense. Le boîtier doit être en Acier Inoxydable finition satin.
Chronographe – La fonction chronographe doit pouvoir calculer les secondes > 1 min, les minutes > 30min, les heures > 12h.
Il doit être étanche, anti-choc, anti-magnétique et à remontage manuel.
Fiabilité – Le fabricant doit garantir un fonctionnement irréprochable durant un an dans des conditions normales. Les caractéristiques techniques du produit doivent être communiquées à la NASA.

Ci-dessus, la lettre officielle envoyée par la NASA à Omega expliquant leur requête.

Afin de vérifier que les 3 montres sur le banc d’essai soient en mesure de respecter ces critères, la NASA met au point un programme de test drastique et les montres sont mises à l’épreuve dans plusieurs situations:

Haute température – 48 heures à 71°C puis 30 minutes à 93°C.
Basse température – 4 heures à -18°C
Chambre de pressurisation – 10exp-6 atm à 71°C. La température est par la suite refroidie à -18° puis remontée 45 minutes plus tard à 71°. Ce procédé est répété 15 fois.
Humidité – La montre doit passer 240h entre 20°C et 71°C, dans une humidité d’au moins 95%.
Atmosphère d’oxygène pur – La montre est placée dans une atmosphère à 100% d’oxygène et une pression de 5.5 psi (0.35 atm) durant 48 hours. Toute brûlure visible sur le chronographe, création de gaz toxique ou d’odeur et détérioration des huiles et des joints mènent à une disqualification.
Chocs – La montre subit six chocs de 40g chacun, dans six directions différentes.
Accéleration – Une accélération allant de 1g à 7.25g est effectuée en 333 secondes.
Décompression, puis pression élevée– La montre est soumise à une pression de 23.5 psi (1.6 atm) durant une heure.
Vibrations – 3 cycles de 30 minutes de vibrations latérales, horizontales, verticales. La vitesse d’accélération doit être d’au minimum 8.8g.
Résistance sonore – 130dB allant de 40 à 10,000 HZ, durant 30 minutes.

Seule la Speedmaster en sortira vivante, après avoir perdu 15 minutes durant le test d’accélération et gagné 21 minutes lors de la phase de décompression. Début 1965, la Omega Speedmaster Professionnelle modèle 105.003 reçoit un certificat officiel de la NASA approuvant son usage pour les futures missions spatiales. Elle sera portée lors de la première marche américaine dans l’espace lors du vol Gemini 4 en 1965, puis deviendra en 1969 la première montre sur la lune.

Buzz Aldrin et Neil Armstrong portèrent tous deux leur Omega Speedmaster durant Apollo 11.

Les prouesses de la Speedmaster éclipsent souvent celles d’autres montres intimement liées à l’exploration spatiale. En effet, bien d’autres modèles furent portés en impesanteur, en voici une brève sélection:

Vostok 1 le 12 avril 1961 : Yuri Gargarin est le premier homme à voyager dans l’espace. À son poignet, il porte sa Sturmanskie (Navigateur en russe).
Lancée en 1949, la Sturmanskie a été créée pour équiper les forces armées de l’U.R.S.S, notamment les pilotes. L’entreprise qui la produit est l’Usine horlogère moscovite Kirov (qui crée aussi les marques Poljot, et Sekonda au Royaume-Uni). Ayant acheté des machines de production Américaines dans les années 20 et partant de rien, l’entreprise “rattrape en 20 ans ce que l’Ouest a mis 150 ans à créer”. Peu modeste dans son discours, mais efficace.

Bien qu’il soit difficile de trouver un modèle original, la Sturmanskie est de nos jours disponible en réédition.

Mercury 7 le 24 Mai 1962 : L’astronaute Américain Scott Carpenter contacte Breitling. Il vient d’être sélectionné par la NASA pour faire partie des 7 premiers astronautes américains au monde.

Sa requête? La création d’une Navitimer 24H permettant de distinguer s’il est 10h ou 22h, et capable de survivre dans l’espace. Le modèle fût développé selon ses instructions. Au cours de son vol, une défaillance de l’instrumentation requiert Scott de passer en pilotage manuel. Après une réentrée dans l’atmosphère brusque lui faisant subir une pression de 11g, son vaisseau amerrit dans l’océan Atlantique à 400 km de l’endroit prévu. La montre, non-étanche, n’y survivra pas. Breitling créera une campagne de publicité à ce sujet, omettant toutefois cette fin précipitée!

La montre sera baptisée la Navitimer Cosmonaute.

Voskhod 2 le 12 Juin 1965 : Alexi Leonov est le premier homme à effectuer une sortie extravéhiculaire dans l’espace, après un entraînement drastique: Des milliers de kilomètres à vélo, 150 répétitions de la sortie en simulateur et 117 sauts en parachute. Il porte au poignet son chronographe Strela, qui deviendra donc la première montre portée dans l’espace hors d’une navette.

Tout comme la montre de Gargarin, ce modèle est créé par l’Usine horlogère moscovite Kirov et a parfois l’inscription Poljot ou Sekonda sur le cadran. Ayant été décliné en plusieurs versions, une certaine incertitude persiste quand à l’exacte itération portée par Alexi. Le chronographe Strela au cadran blanc semble toutefois être la piste la plus probable.

Initialement créée pour les pilotes aériens, elle deviendra la montre officielle des cosmonautes Russes jusqu’en 1979, année de retrait du modèle des lignes de production.

Conçue initialement pour les forces militaires, plus de 100.000 modèles seront vendus en 20 ans.

Skylab 4 le 16 Novembre 1973 : William Pogue embarque pour une mission de 84 jours à bord de la station Skylab. Au lieu de porter sa Speedmaster tel que conseillé par la NASA, il emporte avec lui son chronographe Seiko 6139-6002. Ce modèle deviendra ainsi la première montre automatique portée dans l’espace. Depuis rebaptisé “Pogue”, le modèle à la lunette Pepsi (Rouge et bleue) et au cadran doré peut être trouvé pour moins de 1000 euros, voire la moitié avec un cadran noir (car moins iconique).

Pogue s’étant entrainé durant un an en utilisant sa Seiko avant que la NASA ne lui offre sa Speedmaster, il décida de l’emporter pour Skylab 4.

Spacelab D1 le 30 Octobre 1985 : L’astronaute Allemand Reinhard Furrer embarque dans sa navette . Cette mission deviendra tristement célèbre pour avoir été le dernier lancement réussi de la navette Challenger, qui explosera en 1986 tuant ses sept membres d’équipage. Reinhard porte à son poignet sa Sinn 140S, qui sera considéré comme étant le premier chronographe dans l’espace jusqu’à ce que l’histoire de la Seiko Pogue soit dévoilée en 2007. Sinn aura donc profité pendant 30 ans d’un boost de notoriété important de sa 140S, qui sera par la suite portée par de nombreux astronautes lors de diverses missions.

La 140 est toujours disponible dans le catalogue de Sinn sous la dénomination 140 ST Space Chronograph

1994 : Fortis, marque d’horlogerie Suisse, est sélectionnée par l’agence spatiale Russe pour équiper leurs astronautes avec des chronographes de précision. L’entreprise décide de développer un chronographe automatique et de le soumettre à des conditions drastiques, à la manière de la Speedmaster à la NASA 30 ans plus tôt.

Après deux années de préparation et de tests par le centre de recherche scientifique Yuri Gargarin, Fortis deviendra l’équipementier officiel des astronautes russes jusqu’à ce jour. Le modèle B-42 peut être trouvé aux alentours de 1200 euros, une affaire si vous pouvez supporter ses 214 grammes au quotidien!

Fortis déclare sur son site: “Nos montres ont passé plus de temps dans l’espace que celles de toutes les autres marques combinées .”

15 octobre 2003 : Yang Liwei s’installe à bord de la navette Shenzhou 5, la première mission transportant un astronaute Chinois. Il porte sa Fiyta Extravehicular Space Watch, renommée “Spacemaster”. Peu connue en Occident, Fiyta a été fondée en 1987 et produit de nos jours plus de 2 millions d’exemplaire par an. Sa gamme Aéronautique a été récompensée par de multiples prix internationaux et nous pouvons imaginer entendre parler d’eux de plus en plus dans les années à venir.

Particularité intéressante, la montre affiche s’il est le matin ou l’après-midi (AM/PM) au lieu de la traditionnelle fonction date.

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